La presse en parle

Tribune de Genève, 13 novembre 2015, Rocco Zacheo

Soirs d’automne, le beau miroir de l’ancien

Le festival met sur un piédestal trois formations vocales et instrumentales d’ici qui explorent plusieurs siècles de musique.

L’existence d’une scène, l’expression et la visibilité d’un style musical  dans une ville ne tiennent parfois qu’à un fil. Celui que tissent patiemment des passionnés souvent isolés, mais armés d’une opiniâtreté solide. Prenez la musique ancienne, dont Genève est depuis longtemps un pôle autour duquel s’est cristallisé un centre de formation réputé. Son rayonnement doit beaucoup à l’Association de concerts de musique ancienne (ACMA). Depuis trois décennies, il s’emploie à donner à cette chapelle musicale un relais scénique d’envergure.

De cet activisme mené avec discrétion et conviction découlent deux rendez-vous qui s’alternent dans le calendrier genevois selon une fréquence bisannuelle : le festival Luths et Théorbes, entièrement consacré aux deux instruments à cordes, et Soirs d’Automne, ouvert à des ensembles vocaux et instrumentaux. Au bal de l’alternance, c’est ce dernier qui occupera les passionnés, dès ce soir, et pendant trois vendredis du mois de novembre.

Porté par Christine Gabrielle, luthiste et pédagogue au sein de la Haute Ecole de musique (HEM) et du Conservatoire populaire, le festival avance sur une double ligne claire : « Il s’agit avant tout de donner aux formations d’ici une occasion de plus de se produire » spécifie celle qui soigne la programmation de Soirs d’Automne. Ce à quoi s’ajoute, pour cette édition, la volonté de parcourir trois siècles de musique et d’illustrer ainsi des pans du répertoire qui vont du Moyen-Age finissant à l’époque baroque, en passant bien sûr, par la Renaissance.

Qui pour peindre ce tableau ambitieux? L’ensemble Carpe Diem, tout d’abord, qui depuis plus de vingt ans sillonne la Suisse et l’Europe avec l’intention de restituer les couleurs et les textures musicales des époques qu’il visite. Celle offerte ce soir est particulièrement saisissante. Elle éclaire une période charnière de la création française, qui se situe entre la fin du règne de Louis XIV et celle de son successeur Louis XV. Un temps durant lequel les pôles de création se déplacent de Versailles à Paris. De la cour royale aux salons privés. Un temps aussi qui voit l’ hybridation des styles, avec l’influence grandissante des codes italiens. Une césure qu’ il faut découvrir ou redécouvrir, avec des pièces d’Antoine Dornel, de Marin Marais, de Pancrace Royer et d’autres encore.

Deux formations complètent l’affiche. Le jeune ensemble Héritage, fondé en 2014 et évoluant avec des géométries variables (de deux à quinze éléments), propose un voyage qui mène de Venise à Lübeck, en compagnie de compositeurs ayant évolué dans les deux villes autour du XVIIème siècle. Et enfin, l’ensemble Ballata, qui place au coeur de son programme les musiques de Guillaume Dufay. Une figure qui témoigne d’un autre mouvement de bascule : celui qui mène du Moyen-Age à la Renaissance.

 

Tribune de Genève, 24 novembre 2014, Rocco Zacheo

Un festival pour magnifier luths et théorbes

Arrivé à sa septième édition, ce rendez-vous perpétue une passion musicale qui résiste depuis la Renaissance.

Ce sont deux instruments à la fois nobles et quelque peu exotiques, que le commun des mélomanes regarde aujourd’ hui avec un mélange de curiosité et de mystère. Intrinsèquement reliés au répertoire de la Renaissance et à celui de l’âge baroque, luth et théorbe ont longtemps triomphé dans les cours d’Europe, en générant un corpus musical intimiste et raffiné. Quelques siècles après leur essor, ils continuent de garder une vitalité certaine au sein des sections de musique ancienne des conservatoires d’ici et d’ailleurs, mais aussi grâce à des manifestations qui en célèbrent la richesse.

La preuve par le Festival Luths et Théorbes, qui tous les deux ans, et ce depuis 2002, met sur un piédestal ces deux instruments cousins. Porté par l’Association des Concerts de musique ancienne (ACMA) et par sa présidente Christine Gabrielle, l’événement perpétue ainsi une histoire d’amour qui, depuis plus de trente ans – avec la naissance du Centre de musique ancienne en 1978 – , lie Genève avec un répertoire lointain.

Professeure à la HEM et au Conservatoire populaire de Genève, Christine Gabrielle conçoit les lignes artistiques du festival en misant sur quelques points :  » Nous sommes attentifs à ce que les jeunes musiciens d’ici, formés à Genève, trouvent avec ce festival une occasion de s’exprimer sur scène. C’est le cas de l’ensemble Contrepartie, qui joue le 5 décembre, par exemple : il est composé par quatre anciens étudiants de la HEM.

D’autre part, nous travaillons au renouvellement du public, en plaçant dans notre programme des spectacles qui sortent de l’ordinaire. Pour cette édition, nous avons invité Rafael Benatar, qui jouera du luth baroque samedi prochain et qui, la veille, se produira dans un spectacle de magie, son autre passion. »

A ce hors-piste s’ajoute celui proposé par Julien Martineau, qui, avec sa mandoline, revisite des pièces retranscrites allant de Bach au contemporain Jacques Gallot. Voilà qui éloigne le festival de toute idée d’intégrisme.

 

Le Courrier, mercredi 17 novembre 2010, Claire Rufenacht

Pince-mi et pince-moi sont aux Salons 

La deuxième partie du festival Luths et Théorbes se déroule au Théâtre des Salons dès jeudi.

Après un weekend au Musée d’art et d’ histoire de Genève, les instruments à cordes pincées investissent dès jeudi soir le Théâtre des Salons.

Luthiers, musicologues et instrumentistes se réunissent autour du luth et de sa descendante préférée depuis la Révolution française, la guitare romantique. En prémices, un concert de guitare classique et baroque avec la Brésilienne Cristina Azuma (jeudi, 20h). Retour à l’ essence, ou véritable renaissance, le programme de la soirée abordera des pièces variées inspirées par l’enfance ainsi que des morceaux recueillis par Santiago de Murcia retraçant l’ itinéraire de la guitare depuis l’ Europe vers l’Amérique latine à l’époque des découvertes.

Voyage à Venise, vendredi soir, pour un festival de musique du XVIième siècle, avec l’ensemble Fantaisie.

Conférences et concerts s’alterneront samedi après-midi :

Bruno Marlat (14h) parlera de la guitare en Espagne à la fin du XIXème siècle et le luthier Philippe Mottet-Rio (18h) présentera les luths et guitares joués à la cour de Versailles.

« Comme l’ émeraude dans l’or, ainsi la musique dans le vin »,  le trio de luths et chant (Christine Gabrielle, Ziv Braha et Vincent Flückiger) pour un Concert dans le pré (15h30) ou autour d’une table avec des partitions éditées tête-bêche pour plus de commodité à la lecture.

L’ amour courtois, enfin, pour clore cet hommage aux luths, chanté par Anne Delafosse-Quentin accompagnée pa Pascale Boquet (luth) et Angélique Mauillon (harpe): de Josquin des Pres à Ronsard, la rose sera peut etre eclose samedi soir (20h)

 

La Tribune de Genève, 24 avril 2008, Sylvie Bonier

Luths et Théorbes à Calvin

Trois soirs de délicatesse, voilà qui fera du bien aux oreilles brutalisées par la rumeur citadine. Trois soirs de cordes pincées et de musique baroque, c’est en effet ce que propose depuis plusieurs années, avec une régularité printanière, l’Association pour la Musique Ancienne. En créant un rendez-vous festivalier autour du luth et du théorbe, Christine Gabrielle voulait faire découvrir des instruments et un répertoire particuliers, qu’elle affectionne en tant que praticienne et enseignante. Et pour développer le champ d’exploration des lointains parents de la guitare, elle s’est associée à des instruments de tous horizons. Résultat : ce soir, vendredi et samedi, l’Auditoire Calvin résonnera d’oeuvres subtiles sous les doigts de fans de cordes en boyau. Mais aussi dans les voix accompagnées par ces instruments. Guitare baroque et théorbe pour débuter ce soir à 18h30 (Vincent Flückiger) précéderont des « Rêveries » à 20h30 chantées et jouées au luth, théorbe, guitares romantique et baroque par Christine Gabrielle, Anna Kowalska et Anton Birula. Et les jours suivants, d’autres bonheurs sont à l’affiche!

 

La Tribune de Genève, 5 mai 2006, Sylvie Bonier

Luths et Théorbes s’ invitent à St Germain (Vendredi 5 et samedi 6 mai 2006)

L’ église sise en Vieille-Ville accueille cinq concerts de musique ancienne. C’ est un petit festival qui creuse obstinément son sillon. Tenace, Christine Gabrielle signe en effet la troisième édition d’ un rendez-vous consacré à ses instruments de prédilection : le luth et le théorbe. Ancienne guitariste venue aux délicatesses baroques, l’enseignante au Centre de Musique Ancienne (CMA) s’est fixé pour mission de faire découvrir et partager les bonheurs du répertoire et des sonorités exquises de ces instruments. Pour le troisième cru des rencontres qu’elle a imaginées autour de ses deux fétiches, la responsable a invité des musiciens susceptibles de révéler toute la poésie, la finesse et les particularités du luth et de son acolyte, plus développé techniquement. Tout débutera ce vendredi à 18h par un concert en trio autour du répertoire de la Renaissance italienne, où Dolores Costoyas, Evangelina Mascardi et Ariel Abramovich se retrouveront sous la bannière de « Candide Perle ». A 20h30, Rolf Lislevand se lancera en compagnie de quelques compères dans des musiques composées sur des basses obstinées baroques. L’improvisation sera reine dans cette rencontre qui propose une fantaisie sur la musique italienne du XVIIème siècle. Le lendemain à 17 h, Jonathan Rubin donnera des pièces originales et des transcriptions personnelles d’oeuvres plus modernes. Originalité garantie. Puis à 18h, c’est au tour de Christine Gabrielle et de Joel Frederiksen de lier l’art des cordes pincées à celui de la voix en duo, avant qu’ à 20h30, l’ Arpeggiata de Christina Pluhar et la chanteuse Lucilla Galeazzi ne mettent un point final à cette édition. On y promet des Tarentelles en cascades pour un joli bouquet vocal…

 

Le Temps, Sortir, 13 – 19 octobre 2005

Soirs d’Automne

Chaque automne, l’Association des concerts de musique ancienne (ACMA) organise une série de concerts. Le premier met en parallèle des madrigaux et motets de Palestrina, Acadelt et Schein avec leurs transpositions instrumentales. Parmi ceux-ci, certains seront interprétés dans leur version « diminuée », c’est-à-dire avec les variations virtuoses qu’elles ont inspiré à des compositeurs des XVIème et XVIème siècles comme Bovicello ou Bassano. Marinette Extermann (à l’orgue et au clavecin) accompagne cinq chanteurs, dont la soprano Christine Gabrielle (je 13).

 

Le Temps, 1er novembre 2004, Rocco Zaccheo

Maître du luth, Hopkinson Smith sublime les airs de John Dowland

A de très rares et très heureuses occasions, un concert peut révéler le rapport fusionnel existant entre le compositeur et son interprète. Le récital qui a ouvert vendredi à Genève le festival Luths et Théorbes en a été une. Il est 20h30 lorsque, dans le dépouillement extrême de l’Eglise luthérienne, fait son apparition la figure filiforme et élégante du luthiste d’exception qu’est Hopkinson Smith. La retenue du personnage est inversement proportionnelle à l’ampleur du prestige et de l’aura qui l’entourent depuis deux décennies, et elle semble servir à la perfection les notes du compositeur anglais John Dowland, auquel est dédiée la soirée. Dowland est assurément l’incarnation du tourment mélancolique et ses oeuvres sont le miroir d’une vie bousculée par une errance sans fin. Entre la fin du XVIème et le début du XVIIème siècle, on le retrouve partout en Europe : à Paris, dans l’entourage de l’ambassadeur d’Angleterre ; à la cour de Brunswick en Hesse ; en Italie ; à la cour de Danemark et, lorsque la nostalgie le tenaille, dans son pays natal. Les contradictions de ce Hamlet musicien sont résumées par le jeu de mots qui lui a servi d’autoportrait : « Semper Dowland, semper dolens » (Dowland toujours, toujours dolent). Et cette vérité résonne précisément dans les notes de ces compositions. A commencer par les gaillardes (danses au rythme ternaire d’origine italienne) de la première partie du récital. Des pièces délicates, fragiles et raffinées que Hopkinson Smith visite avec un tact extrême. Alors que ses doigts se déplacent avec une facilité déconcertante, et que la respiration rythme les mesures comme pour leur donner le souffle vital, les traits du visage traduisent la modestie et l’étonnement. Comme si le musicien découvrait pour la première fois la beauté de ces airs. L’acoustique déplorable gâche quelque peu la magie du moment, car elle disperse les sonorités d’un instrument qui est timide par définition. Les trois portraits de femmes qui suivent alternent retenue et jeu effervescent : Pavin la Mia Barbara dit l’amour lointain et à jamais perdu, alors que l’espoir semble renaître avec Lady Hunsdon’s Allmande. Puis, ce sera le tour des oeuvres composées durant l’exil continental. Apparaissent alors de nouvelles solutions harmoniques qui requièrent un jeu de virtuose. Hopkinson Smith les parcourt avec aisance et dynamisme et se révèle époustouflant dans la Fantasie qui clôt le programme. Le musicien s’en va sur les notes vivaces d’une danse de cour française du XVIème siècle. Un hors-piste lumineux.

 

Le Temps, Sortir, 28.10 – 3.11. 2004, RZ

Festival de Luth et Théorbe

Il a redonné au luth les lettres de noblesse que la poussière était sur le point de couvrir. Formateur inégalable (il est professeur à la Schola Cantorum Basiliensis) et interprète unique, Hopkinson Smith ouvre la deuxième édition du festival Luths et Théorbes 04, organisé par l’Association de concerts de musique ancienne (ve 29 à 20h30). Le maître américain interprète des oeuvres de John Dowland, compositeur phare de l’époque élisabéthaine et jacobéenne en Angleterre et auteur de pièces aussi variées que raffinées. Les musiciens, qui poursuivent le festival durant le weekend, ont la double particularité de faire rayonner leur art depuis la Suisse (Bâle ou Genève) et d’être des anciens élèves d’Hopkinson Smith. Parmi ceux-ci, Azul Lima accompagné au chant par Natacha Ducret (sa 30 à 18h), Rosario Conte (sa 30 à 20h30), Peter Croton (di 31 à 17h) et l’ensemble la Bella Diva (di 31 à 18h30).

 

Tribune de Genève, mardi 26 octobre 2004, Sylvie Bonier

Le luth a trouvé son égérie

Christine Gabrielle organise le deuxième festival consacré à cet instrument ancien.

Sa crinière poivre et sel lui donne des allures de lionne. Ses yeux bleus, une douceur tranquille. Il faut de la délicatesse pour jouer du luth, instrument aux sonorités fines et à la grande fragilité de facture. Et un tempérament solide pour organiser une manifestation aussi ciblée. Christine Gabrielle possède les deux qualités. Elle se lance allégrement dans la deuxième édition de son festival Luths et Théorbes 04,une rencontre concentrée sur les trois jours du week-end à venir.

On imagine sans peine la motivation de la luthiste et chanteuse, enseignante à Genève. Gagnée très jeune par le virus d’un instrument aux origines lointaines (la Chine avec le pipa, le Japon avec le biwa, les pays arabes avec l’oud…), la musicienne quitte à 16 ans l’univers de la guitare pour rejoindre celui du luth.

Aujourd’hui, la vocation est devenue prosélytisme. Pour Christine Gabrielle, il s’agit d’élargir le cercle très restreint des aficionados. « Dans les classes professionnelles du Conservatoire, il n’y a que trois élèves. En section non professionnelle, une dizaine. Le luth et son répertoire restent trop peu connus et gagnent évidemment à l’être. J’espère, avec le festival, susciter un intérêt autour des instruments à cordes pincées. Luth, théorbe et guitare sont donc les trois vedettes de l’édition 04. »

Archiluth et théorbe

Figure de proue de la spécialité, Hopkinson Smith ouvre les feux vendredi à l’église luthérienne de la rue Verdaine. Ce n’est pas un hasard. « Evidemment, Hopi reste la référence du luth. Tous les intervenants de cette édition sont d’ailleurs passés par son enseignement. Il me semblait naturel qu’on débute avec lui pour lancer le festival », révèle l’organisatrice, qui ne peut retenir un charmant diminutif quand elle parle du grand soliste.

Que découvrira-t-on pendant ces trois jours ? « Des œuvres couvrant la grande période de l’instrument, soit de 1500 à 1650, et des musiciens de tous horizons, jouant aussi bien du luth, que de l’archiluth, du théorbe ou de la guitare dans des répertoires variés. » Pour le commun des mortels, les différences entre ces instruments ne sautent pas aux oreilles. « C’est une question d’évolution technique de l’instrument », explique Christine Gabrielle. « Le luth possède 6 à 7 chœurs (doubles cordes), puis l’archiluth est venu étoffer l’instrument à la fin du XVIe siècle avec des cordes supplémentaires dans les basses pour augmenter la résonance, ensuite le théorbe a rallongé la touche, toujours pour les mêmes raisons d’amplification de la puissance sonore. »

Répertoire extra-européen

Selon Christine Gabrielle, ce qui a changé en trente ans dans l’interprétation baroque, c’est que « les instruments à cordes pincées ont pris le relais du clavecin dans les ensembles dits baroques, pour des questions de sonorité. L’accélération des tempi, plus ou moins discutable, est une autre mode à, laquelle s’est ajouté le recours toujours plus fréquent des musiciens à l’improvisation ».

Restent les projets. « L’ouverture est indispensable », déclare la responsable du festival, qui compte bien élargir la jeune manifestation si le public suit. Master classes, répertoire extra-européen, diversification des instruments, commandes : les idées ne manquent pas. Seule demeure en point de mire une unique constante : le bonheur des rencontres musicales.

Le Temps, 17 juin 2002, Florence Gaillard

 

Sous le baroque, la guitare intemporelle du Norvégien Rolf Lislevand

Trente degrés dans les rues de Genève vendredi passé, et quelques-uns de plus aux Salons, où l’Association des concerts de musique ancienne proposait un ultime et double concert sur le thème « Luth et théorbes ». Dans la torpeur, la température attaque aussi et surtout les instruments : vie et mort du boyau de mouton, fil à retordre réfractaire à la moiteur tropicale.

L’ ensemble A deux violes Esgales présentait en première partie des pièces de Sainte-Colombe et de Marin Marais, dont le gambiste Jonathan Dunford a retrouvé un manuscrit en Ecosse. A découvrir ces pièces de la fin du XVIIe siècle, destinées à la cour du roi Soleil, on reste frappé par la minutie : le volume explore l’infiniment petit, l’éclairage sonore découpe un halo restreint, attire l’attention sur des dialogues indiscrets entre violes et luth.

Le contraste est saisissant entre ce baroque-là, français et courtois, et le répertoire des Nuove Musiche. Le Norvégien Rolf Lislevand revient sur Kapsberger, Allemand de Venise et figure de la « Nouvelle musique » du XVIIe siècle. Un avant-gardisme baroque, porté comme la Commedia dell’arte sur l’improvisation canalisée. Les percussions de l’imperturbable Pedro Estevan soulignent de touches pointillistes les lignes brisées du théorbe et du colachon de Bjôrn Kjellermyr. Rien de plus enthousiasmant que Lislevand and Co dans les pièces de l’espagnol Santiago de Murcia, compositeur plurilingue du Siècle d’or finissant, qui évangélisa le Mexique à coups de guitare. Fusion entre le baroque ibérique —aux accents médiévaux ou mozarabes, l’Italie et des danses afro-américaines qui passionnèrent Santiago, ethnomusicologue avant la lettre. Lislevand, qui conserve de sa passion première pour la guitare électrique le rythme et l’accent, insuffle à ce mixage baroque une vitalité sans âge.

Tribune de Genève, 10 – 15 juin 2002, Sylvie Bonier

Chant, luths et théorbes

II vient rarement à Genève, et on le regrette. L’OSR répare cette erreur en l’invitant à son concert d’abonnement de mercredi. Jeffrey Tate, qui fit les heures glorieuses du Grand Théâtre du temps de Gall, arrive cette fois au Victoria Hall dans un programme symphonique où il défendra les couleurs de Beethoven (air pour soprano «Ah, perfido» Op.65), de Strauss (extrait de Salomé «Ach, Du wollest mich nicht…») et d’Elgar (Symphonie N02 Op.63). La voix qui donnera vie aux deux airs de la soirée sera celle de la soprano Katarina Dalayman.

Plus confidentielle, mais plus étendue, la petite série organisée par l’Association des concerts de musique ancienne aux Salons de la rue Bartholoni rend hommage aux cordes pincées des luths et des théorbes. Leurs sonorités délicates et lumineuses seront mises en valeur par Rolf Lislevand, Claire Antonini, Christine Gabrielle, Matthias Spaeter et Paolo Cherici, qui se relaieront de mercredi à vendredi à 20 h 30 autour de programmes variés. Le premier se consacre mercredi à l’archiluth, au théorbe, au chant au luth. Jeudi, le comédien Alain Carré racontera la vie de la femme de Molière sur fond de théorbe, violons et viole de gambe. Et pour finir, ce sera au tour de l’ensemble A deux violes Esgales puis du théorbe, de la guitare baroque, des percussions et du colachon de clore ces festivités baroques. A découvrir.

Le temps, Sortir, 12-14 juin 2002

Luths et Théorbes : un mini-festival pour découvrir ces instruments méconnus

Le luth méritait un festival. C’est désormais chose faite à Genève.

Cinq luthistes, bien connus dans le milieu du baroque, animent un festival de trois jours. Ils joueront des pièces baroques d’horizons variés. Exemple : les airs de cour de Michel Lambert, beau-père de LulIy, dont les textes sont parfois sulfureux. Mais aussi Marin Marais, Sainte Colombe ou encore Robert de Visée, grand théorbiste sous Louis XIV. D’autres musiciens seront de la partie, y compris le comédien Alain Carré qui racontera la vie de la seconde femme de Molière…

Un peu d’histoire… Issu des régions extrême-orientales, le luth fut adopté en Europe dès le Moyen Age, importé, dit-on, par les Maures arrivés en Espagne au VIIIe siècle. A l’origine, il ne comprenait que quatre cordes jouées à l’aide d’un plectre. Puis il évolua, gagna en ampleur jusqu’à acquérir six à sept rangs de cordes pour répondre aux nécessités des musiques jouées. A la Renaissance, on laisse tomber le plectre : on ne joue plus qu’avec les doigts. Vers 1600, apparaissent les luths à dix ou onze chœurs, les archiluths, théorbes et chitarroni… Le répertoire s’enrichit. Les luthistes inventent de nouveaux accords qui aboutiront à l’instrument appelé « luth baroque », dont l’accord de base est radicalement différent de celui de la Renaissance.

Mercredi 12 juin à 20h30 

Récital de Matthias Spaeter (archiluth et théorbe). Œuvres d’Alessandro Piccinini et Girolamo Kapsberger.

Recitar cantando dans les cours d’Italie et de France vers 1620. Œuvres de Sigismondo D’India, Monteverdi etc., par Claudine Ansermet (soprano) et Paolo Cherici (luth).

Jeudi 13 Juin à 20h30 

Spectacle intitulé La Fameuse Comédienne. Vie d’Armande Béjart, racontée par Alain Carré, avec la participation de Florence Malgoire et Alice Piérot (violons). Marianne Müller (viole de gambe). Le récit de l’existence de la seconde femme de Molière, ponctué de musiques de Marin Marais et d’airs de Michel Lambert que Christine Gabrielle chantera en s’accompagnant elle-même au théorbe.

Vendredi 14 Juin à 20h30 

L’Ensemble A Deux Violes Esgales (formé de Claire Antonini au luth baroque, de Sylvia Abramowicz et Jonathan Dunford aux violes de gambe) joue des pièces de Sainte Colombe, Marin Marais et du Vieux Gaultier. Puis Rolf Lislevand (théorbe et guitare classique) prend la relève, avec le percussionniste Pedro Estevan et Björn Kjellermyr qui jouera du colachon, instrument insolite dérivé du santur arabe.

Le Courrier, mercredi 12 juin 2002, RHr

Luths et Théorbes à Genève

Du 12 au 14 juin, Le théâtre Les Salons de Genève accueille un mini – festival tout à fait original, à la découverte du luth et du théorbe. A cet effet, l’ Association des concerts de musique ancienne a réuni cinq interprètes (dont Matthias Spaeter et Paolo Cherici) et d’autres « spécialistes » autour d un répertoire parcourant tout le XVIIème siècle. Marin Marais, Sainte Colombe, Robert de Visée, Michel Lambert, Pierre Guédron pourront ainsi dévoiler les compositions que ces instruments-muses leur ont inspiré.

 

Le Courrier, 1999, Jacques Nicola

Médiévale ou renaissante, la chanson occupe Les Salons

Trois concerts ce weekend à Genève proposent d’explorer un répertoire peu connu, autour du chant accompagné en langue vernaculaire.

« Musique ancienne aux Salons ». le pluriel et la majuscule sont de rigueur : non pas un divertissement mais l’annonce de trois concerts consécutifs dans une salle baptisée Les Salons, aménagée sur les vestiges du cinéma l’Ecran. Pour l’heure, le lieu est passant et le vis-à-vis saumâtre : le Xacré-Coeur obstrue au mieux. Mais lorsque les volutes néocaliguliennes auront définitivement cédé à la griffe du temps, Les Salons siégeront place Béla-Bartok, au coeur de la Genève culturelle, entre Maison du Grütli et Conservatoire.

C’est en ces murs que l’Association pour le Centre de musique ancienne (ACMA) a organisé une manifestation en trois volets, selon trois caractéristiques : interpréter quelques pièces d’un répertoire médiéval peu joué, recentrer l’ensemble autour du chant accompagné, enfin présenter des instruments insolites. «  Cela devrait rendre ces concerts très vivants » estime Christine Gabrielle, secrétaire et chargée de programmation de l’ACMA. Seront donc au rendez-vous la chifonie – plus connue sous le nom de vielle à roue -, le rebec – un petit violon taillé dans une seule pièce de bois -, le cistre -variante aplatie du luth -, la chalémie, instrument en bois doté d’une anche double, le cornet à bouquin – ancêtre de la trompette – ou encore le psaltérion – petit cymbalum posé sur une table.

Evidemment, ce ne sont que des copies. Car s’il est fréquent de jouer le répertoire classique, voire baroque, sur des instruments d’époque, en deçà – à de rares exceptions près -, le vieillissement laisse des traces irrémédiables. Les instruments sont donc reconstitués par des luthiers spécialisés. Certaines pièces de la lutherie orientale offrent fréquemment des points de repère à la reconstitution, explique Mme Gabrielle.

Autre caractéristique des temps anciens : l’instrumentation n’est pas indiquée. Aux musiciens de se débrouiller, selon leur école, leurs lectures, leur imagination. Des formations se sont constituées pour approcher au mieux ce répertoire.

C’est le cas de l’ensemble Alla Francesca : ces musiciens rasssemblés autour de Brigitte Lesne présentent des recueils de chants en poésie vernaculaire des troubadours et trouvères issus des cours royales du XIIIème siècle, ainsi qu’un recueil de chants galico-portugais de la même époque, considéré comme un monument de la musique médiévale, Las Cantigas de Santa Maria.

C’est aussi le cas de l’ensemble Doulce Mémoire, qui explore de son côté le répertoire de la Renaissance. Face aux polyphonies de l’époque, abondamment célébrées, voici le versant prosodique : quelques chansons et « danceries » de leur temps.