La presse en parle

Tribune de Genève, 13 novembre 2015, Rocco Zacheo

Soirs d’automne, le beau miroir de l’ancien

Le festival met sur un piédestal trois formations vocales et instrumentales d’ici qui explorent plusieurs siècles de musique.

L’existence d’une scène, l’expression et la visibilité d’un style musical  dans une ville ne tiennent parfois qu’à un fil. Celui que tissent patiemment des passionnés souvent isolés, mais armés d’une opiniâtreté solide. Prenez la musique ancienne, dont Genève est depuis longtemps un pôle autour duquel s’est cristallisé un centre de formation réputé. Son rayonnement doit beaucoup à l’Association de concerts de musique ancienne (ACMA). Depuis trois décennies, il s’emploie à donner à cette chapelle musicale un relais scénique d’envergure.

De cet activisme mené avec discrétion et conviction découlent deux rendez-vous qui s’alternent dans le calendrier genevois selon une fréquence bisannuelle : le festival Luths et Théorbes, entièrement consacré aux deux instruments à cordes, et Soirs d’Automne, ouvert à des ensembles vocaux et instrumentaux. Au bal de l’alternance, c’est ce dernier qui occupera les passionnés, dès ce soir, et pendant trois vendredis du mois de novembre.

Porté par Christine Gabrielle, luthiste et pédagogue au sein de la Haute Ecole de musique (HEM) et du Conservatoire populaire, le festival avance sur une double ligne claire : « Il s’agit avant tout de donner aux formations d’ici une occasion de plus de se produire » spécifie celle qui soigne la programmation de Soirs d’Automne. Ce à quoi s’ajoute, pour cette édition, la volonté de parcourir trois siècles de musique et d’illustrer ainsi des pans du répertoire qui vont du Moyen-Age finissant à l’époque baroque, en passant bien sûr, par la Renaissance.

Qui pour peindre ce tableau ambitieux? L’ensemble Carpe Diem, tout d’abord, qui depuis plus de vingt ans sillonne la Suisse et l’Europe avec l’intention de restituer les couleurs et les textures musicales des époques qu’il visite. Celle offerte ce soir est particulièrement saisissante. Elle éclaire une période charnière de la création française, qui se situe entre la fin du règne de Louis XIV et celle de son successeur Louis XV. Un temps durant lequel les pôles de création se déplacent de Versailles à Paris. De la cour royale aux salons privés. Un temps aussi qui voit l’ hybridation des styles, avec l’influence grandissante des codes italiens. Une césure qu’ il faut découvrir ou redécouvrir, avec des pièces d’Antoine Dornel, de Marin Marais, de Pancrace Royer et d’autres encore.

Deux formations complètent l’affiche. Le jeune ensemble Héritage, fondé en 2014 et évoluant avec des géométries variables (de deux à quinze éléments), propose un voyage qui mène de Venise à Lübeck, en compagnie de compositeurs ayant évolué dans les deux villes autour du XVIIème siècle. Et enfin, l’ensemble Ballata, qui place au coeur de son programme les musiques de Guillaume Dufay. Une figure qui témoigne d’un autre mouvement de bascule : celui qui mène du Moyen-Age à la Renaissance.

 

Tribune de Genève, 24 novembre 2014, Rocco Zacheo

Un festival pour magnifier luths et théorbes

Arrivé à sa septième édition, ce rendez-vous perpétue une passion musicale qui résiste depuis la Renaissance.

Ce sont deux instruments à la fois nobles et quelque peu exotiques, que le commun des mélomanes regarde aujourd’ hui avec un mélange de curiosité et de mystère. Intrinsèquement reliés au répertoire de la Renaissance et à celui de l’âge baroque, luth et théorbe ont longtemps triomphé dans les cours d’Europe, en générant un corpus musical intimiste et raffiné. Quelques siècles après leur essor, ils continuent de garder une vitalité certaine au sein des sections de musique ancienne des conservatoires d’ici et d’ailleurs, mais aussi grâce à des manifestations qui en célèbrent la richesse.

La preuve par le Festival Luths et Théorbes, qui tous les deux ans, et ce depuis 2002, met sur un piédestal ces deux instruments cousins. Porté par l’Association des Concerts de musique ancienne (ACMA) et par sa présidente Christine Gabrielle, l’événement perpétue ainsi une histoire d’amour qui, depuis plus de trente ans – avec la naissance du Centre de musique ancienne en 1978 – , lie Genève avec un répertoire lointain.

Professeure à la HEM et au Conservatoire populaire de Genève, Christine Gabrielle conçoit les lignes artistiques du festival en misant sur quelques points :  » Nous sommes attentifs à ce que les jeunes musiciens d’ici, formés à Genève, trouvent avec ce festival une occasion de s’exprimer sur scène. C’est le cas de l’ensemble Contrepartie, qui joue le 5 décembre, par exemple : il est composé par quatre anciens étudiants de la HEM.

D’autre part, nous travaillons au renouvellement du public, en plaçant dans notre programme des spectacles qui sortent de l’ordinaire. Pour cette édition, nous avons invité Rafael Benatar, qui jouera du luth baroque samedi prochain et qui, la veille, se produira dans un spectacle de magie, son autre passion. »

A ce hors-piste s’ajoute celui proposé par Julien Martineau, qui, avec sa mandoline, revisite des pièces retranscrites allant de Bach au contemporain Jacques Gallot. Voilà qui éloigne le festival de toute idée d’intégrisme.

 

Le Courrier, Mercredi 17 novembre 2010, Claire Rufenacht

Pince-mi et pince-moi sont aux Salons 

La deuxième partie du festival Luths et Théorbes se déroule au Théâtre des Salons dès jeudi.

Après un weekend au Musée d’art et d’ histoire de Genève, les instruments à cordes pincées investissent dès jeudi soir le Théâtre des Salons.

Luthiers, musicologues et instrumentistes se réunissent autour du luth et de sa descendante préférée depuis la Révolution française, la guitare romantique. En prémices, un concert de guitare classique et baroque avec la Brésilienne Cristina Azuma (jeudi, 20h). Retour à l’ essence, ou véritable renaissance, le programme de la soirée abordera des pièces variées inspirées par l’enfance ainsi que des morceaux recueillis par Santiago de Murcia retraçant l’ itinéraire de la guitare depuis l’ Europe vers l’Amérique latine à l’époque des découvertes.

Voyage à Venise, vendredi soir, pour un festival de musique du XVIième siècle, avec l’ensemble Fantaisie.

Conférences et concerts s’alterneront samedi après-midi :

Bruno Marlat (14h) parlera de la guitare en Espagne à la fin du XIXème siècle et le luthier Philippe Mottet-Rio (18h) présentera les luths et guitares joués à la cour de Versailles.

« Comme l’ émeraude dans l’or, ainsi la musique dans le vin »,  le trio de luths et chant (Christine Gabrielle, Ziv Braha et Vincent Flückiger) pour un Concert dans le pré (15h30) ou autour d’une table avec des partitions éditées tête-bêche pour plus de commodité à la lecture.

L’ amour courtois, enfin, pour clore cet hommage aux luths, chanté par Anne Delafosse-Quentin accompagnée pa Pascale Boquet (luth) et Angélique Mauillon (harpe): de Josquin des Pres à Ronsard, la rose sera peut etre eclose samedi soir (20h)

 

La Tribune de Genève, 24 avril 2008, Sylvie Bonier

Luths et Théorbes à Calvin

Trois soirs de délicatesse, voilà qui fera du bien aux oreilles brutalisées par la rumeur citadine. Trois soirs de cordes pincées et de musique baroque, c’est en effet ce que propose depuis plusieurs années, avec une régularité printanière, l’Association pour la Musique Ancienne. En créant un rendez-vous festivalier autour du luth et du théorbe, Christine Gabrielle voulait faire découvrir des instruments et un répertoire particuliers, qu’elle affectionne en tant que praticienne et enseignante. Et pour développer le champ d’exploration des lointains parents de la guitare, elle s’est associée à des instruments de tous horizons. Résultat : ce soir, vendredi et samedi, l’Auditoire Calvin résonnera d’oeuvres subtiles sous les doigts de fans de cordes en boyau. Mais aussi dans les voix accompagnées par ces instruments. Guitare baroque et théorbe pour débuter ce soir à 18h30 (Vincent Flückiger) précéderont des « Rêveries » à 20h30 chantées et jouées au luth, théorbe, guitares romantique et baroque par Christine Gabrielle, Anna Kowalska et Anton Birula. Et les jours suivants, d’autres bonheurs sont à l’affiche!

 

La Tribune de Genève, 5 mai 2006, Sylvie Bonier

Luths et Théorbes s’ invitent à St Germain (Vendredi 5 et samedi 6 mai 2006)

L’ église sise en Vieille-Ville accueille cinq concerts de musique ancienne. C’ est un petit festival qui creuse obstinément son sillon. Tenace, Christine Gabrielle signe en effet la troisième édition d’ un rendez-vous consacré à ses instruments de prédilection : le luth et le théorbe. Ancienne guitariste venue aux délicatesses baroques, l’enseignante au Centre de Musique Ancienne (CMA) s’est fixé pour mission de faire découvrir et partager les bonheurs du répertoire et des sonorités exquises de ces instruments. Pour le troisième cru des rencontres qu’elle a imaginées autour de ses deux fétiches, la responsable a invité des musiciens susceptibles de révéler toute la poésie, la finesse et les particularités du luth et de son acolyte, plus développé techniquement. Tout débutera ce vendredi à 18h par un concert en trio autour du répertoire de la Renaissance italienne, où Dolores Costoyas, Evangelina Mascardi et Ariel Abramovich se retrouveront sous la bannière de « Candide Perle ». A 20h30, Rolf Lislevand se lancera en compagnie de quelques compères dans des musiques composées sur des basses obstinées baroques. L’improvisation sera reine dans cette rencontre qui propose une fantaisie sur la musique italienne du XVIIème siècle. Le lendemain à 17 h, Jonathan Rubin donnera des pièces originales et des transcriptions personnelles d’oeuvres plus modernes. Originalité garantie. Puis à 18h, c’est au tour de Christine Gabrielle et de Joel Frederiksen de lier l’art des cordes pincées à celui de la voix en duo, avant qu’ à 20h30, l’ Arpeggiata de Christina Pluhar et la chanteuse Lucilla Galeazzi ne mettent un point final à cette édition. On y promet des Tarentelles en cascades pour un joli bouquet vocal…

 

Le Temps, Sortir, du 13 au 19 octobre 2005

Soirs d’Automne

Chaque automne, l’Association des concerts de musique ancienne (ACMA) organise une série de concerts. Le premier met en parallèle des madrigaux et motets de Palestrina, Acadelt et Schein avec leurs transpositions instrumentales. Parmi ceux-ci, certains seront interprétés dans leur version « diminuée », c’est-à-dire avec les variations virtuoses qu’elles ont inspiré à des compositeurs des XVIème et XVIème siècles comme Bovicello ou Bassano. Marinette Extermann (à l’orgue et au clavecin) accompagne cinq chanteurs, dont la soprano Christine Gabrielle (je 13).

 

Le Temps, 1er novembre 2004, Rocco Zaccheo

Maître du luth, Hopkinson Smith sublime les airs de John Dowland

A de très rares et très heureuses occasions, un concert peut révéler le rapport fusionnel existant entre le compositeur et son interprète. Le récital qui a ouvert vendredi à Genève le festival Luths et Théorbes en a été une. Il est 20h30 lorsque, dans le dépouillement extrême de l’Eglise luthérienne, fait son apparition la figure filiforme et élégante du luthiste d’exception qu’est Hopkinson Smith. La retenue du personnage est inversement proportionnelle à l’ampleur du prestige et de l’aura qui l’entourent depuis deux décennies, et elle semble servir à la perfection les notes du compositeur anglais John Dowland, auquel est dédiée la soirée. Dowland est assurément l’incarnation du tourment mélancolique et ses oeuvres sont le miroir d’une vie bousculée par une errance sans fin. Entre la fin du XVIème et le début du XVIIème siècle, on le retrouve partout en Europe : à Paris, dans l’entourage de l’ambassadeur d’Angleterre ; à la cour de Brunswick en Hesse ; en Italie ; à la cour de Danemark et, lorsque la nostalgie le tenaille, dans son pays natal. Les contradictions de ce Hamlet musicien sont résumées par le jeu de mots qui lui a servi d’autoportrait : « Semper Dowland, semper dolens » (Dowland toujours, toujours dolent). Et cette vérité résonne précisément dans les notes de ces compositions. A commencer par les gaillardes (danses au rythme ternaire d’origine italienne) de la première partie du récital. Des pièces délicates, fragiles et raffinées que Hopkinson Smith visite avec un tact extrême. Alors que ses doigts se déplacent avec une facilité déconcertante, et que la respiration rythme les mesures comme pour leur donner le souffle vital, les traits du visage traduisent la modestie et l’étonnement. Comme si le musicien découvrait pour la première fois la beauté de ces airs. L’acoustique déplorable gâche quelque peu la magie du moment, car elle disperse les sonorités d’un instrument qui est timide par définition. Les trois portraits de femmes qui suivent alternent retenue et jeu effervescent : Pavin la Mia Barbara dit l’amour lointain et à jamais perdu, alors que l’espoir semble renaître avec Lady Hunsdon’s Allmande. Puis, ce sera le tour des oeuvres composées durant l’exil continental. Apparaissent alors de nouvelles solutions harmoniques qui requièrent un jeu de virtuose. Hopkinson Smith les parcourt avec aisance et dynamisme et se révèle époustouflant dans la Fantasie qui clôt le programme. Le musicien s’en va sur les notes vivaces d’une danse de cour française du XVIème siècle. Un hors-piste lumineux.

 

Le Courrier, 1999, Jacques Nicola

Médiévale ou renaissante, la chanson occupe Les Salons

Trois concerts ce weekend à Genève proposent d’explorer un répertoire peu connu, autour du chant accompagné en langue vernaculaire.

« Musique ancienne aux Salons ». le pluriel et la majuscule sont de rigueur : non pas un divertissement mais l’annonce de trois concerts consécutifs dans une salle baptisée Les Salons, aménagée sur les vestiges du cinéma l’Ecran. Pour l’heure, le lieu est passant et le vis-à-vis saumâtre : le Xacré-Coeur obstrue au mieux. Mais lorsque les volutes néocaliguliennes auront définitivement cédé à la griffe du temps, Les Salons siégeront place Béla-Bartok, au coeur de la Genève culturelle, entre Maison du Grütli et Conservatoire.

C’est en ces murs que l’Association pour le Centre de musique ancienne (ACMA) a organisé une manifestation en trois volets, selon trois caractéristiques : interpréter quelques pièces d’un répertoire médiéval peu joué, recentrer l’ensemble autour du chant accompagné, enfin présenter des instruments insolites. «  Cela devrait rendre ces concerts très vivants » estime Christine Gabrielle, secrétaire et chargée de programmation de l’ACMA. Seront donc au rendez-vous la chifonie – plus connue sous le nom de vielle à roue -, le rebec – un petit violon taillé dans une seule pièce de bois -, le cistre -variante aplatie du luth -, la chalémie, instrument en bois doté d’une anche double, le cornet à bouquin – ancêtre de la trompette – ou encore le psaltérion – petit cymbalum posé sur une table.

Evidemment, ce ne sont que des copies. Car s’il est fréquent de jouer le répertoire classique, voire baroque, sur des instruments d’époque, en deçà – à de rares exceptions près -, le vieillissement laisse des traces irrémédiables. Les instruments sont donc reconstitués par des luthiers spécialisés. Certaines pièces de la lutherie orientale offrent fréquemment des points de repère à la reconstitution, explique Mme Gabrielle.

Autre caractéristique des temps anciens : l’instrumentation n’est pas indiquée. Aux musiciens de se débrouiller, selon leur école, leurs lectures, leur imagination. Des formations se sont constituées pour approcher au mieux ce répertoire.

C’est le cas de l’ensemble Alla Francesca : ces musiciens rasssemblés autour de Brigitte Lesne présentent des recueils de chants en poésie vernaculaire des troubadours et trouvères issus des cours royales du XIIIème siècle, ainsi qu’un recueil de chants galico-portugais de la même époque, considéré comme un monument de la musique médiévale, Las Cantigas de Santa Maria.

C’est aussi le cas de l’ensemble Doulce Mémoire, qui explore de son côté le répertoire de la Renaissance. Face aux polyphonies de l’époque, abondamment célébrées, voici le versant prosodique : quelques chansons et « danceries » de leur temps.