Les billets seront en vente au magasin Plainchant, 40, rue du Stand, 1204 Genève, dès le début du mois d’octobre et à l’entrée des concerts.

Samedi 10 novembre 2018 à 19h

Théâtre Les Salons 

(6, rue J.-F. Bartholoni, 1204 Genève)

Rolf Lislevand, vihuela, Bor Zuljan, luth et guitare renaissance

Francesco da Milano et Luys de Narváez à Rome en 1536

Fantaisies, chansons, madrigaux et improvisations de la Renaissance méridionale

 

Francesco da Milano (1497-1543) et Luys de Narváez (c. 1500-1555) jouissaient tous deux, le premier à la cour papale en Italie, le second à la cour du roi d’Espagne, d’une très grande réputation et leur talent de compositeurs et d’improvisateurs était hautement apprécié par leurs contemporains.

Ce concert fait le pari d’une hypothétique rencontre des deux virtuoses en 1536, lors du séjour à Rome du conseiller de Charles Quint, Don Francisco de Los Cobos, qui, très vraisemblablement, avait emmené avec lui son musicien préféré, Luys de Narváez.

 

Plein tarif : CHF 30.- / Tarif réduit : CHF 25.- / Etudiants, apprentis : CHF 20.- / Carte 20ans/20francs : CHF 10.-

 

 

Commentaire

Francesco da Milano (1497-1543) et Luys de Narváez (c. 1500-1555) jouissaient tous deux, le premier à la cour papale en Italie, le second à la cour du roi d’Espagne, d’une très grande réputation et leur talent de compositeurs et d’improvisateurs était hautement apprécié par leurs contemporains. Ce concert fait le pari d’une hypothétique rencontre des deux virtuoses en 1536, lors du séjour à Rome du conseiller de Charles Quint, Don Francisco de Los Cobos, qui, très vraisemblablement, avait emmené avec lui son musicien préféré, Luys de Narváez.

Interprétés sur des copies d’instruments de l’époque, des madrigaux, des fantaisies et des chansons de ces deux compositeurs, figures marquantes de la musique pour instruments à cordes pincées seront au menu de ce concert, auxquels se mêleront des improvisations sur des basses obstinées issues des traditions européennes d’improvisation de la Renaissance méridionale.

L’art de l’improvisation, acquise par une pratique quotidienne sur l’instrument et dans le respect des règles de composition, faisait partie de l’éducation des musiciens de la Renaissance. On sait par les philosophes de cette époque, que les musiques inventées « ex tempore », c’est-à-dire, spontanément, sur le moment, avaient un effet sur les auditeurs beaucoup plus prégnant que les musiques écrites et Pontus de Tyard, témoin emblématique de la vie culturelle et politique de son époque et, par ailleurs, l’un des fondateurs du mouvement littéraire français La Pléiade, nous raconte dans son Solitaire Second ou Prose de la Musique (1555), comment, lors d’un banquet, à la grande satisfaction des convives, Francesco da Milano prit un luth « et, comme pour tater les accors, se met pres d’un bout de la table à rechercher une fantaisie. Il n’eut esmeu l’air de trois pinçades qu’il romt les discours commancez entre les uns et les autres fetiés … faisant par une sienne divine façon de toucher mourir les cordes souz ses dois… » et « transporte tous ceux qui l’escoutoient en une si gracieuse melancolie … qu’ils demeuroient privez de tout sentiment, ormis de l’ouye, comme si l’ame, ayant abandonné tous les sieges sensitifs, se fust retirée au bord des oreilles pour jouir plus à son aise de si ravissante symphonie…». Il ajoute encore que ce moment de grâce se serait prolongé, si le luthiste «envigourant d’une douce force son jeu, nous eust remis l’ame et les sentimens au lieu d’où il les avoit desrobez, non sans laisser autant d’estonnement à chacun de nous que si nous fussions relevez d’un transport ecstatiq de quelque divine fureur ».

Cette même capacité à émouvoir ses auditeurs est rapportée à propos de Luys de Narváez par l’écrivain espagnol Luys Zapata de Chavez (Miscelanea, 1592) qui se souvient comment le musicien charmait ses auditeurs en improvisant des pièces à quatre voix sur sa vihuela.

L’année 1536 fut aussi celle de la parution du premier recueil imprimé des compositions de Francesco da Milano. Son magnifique style polyphonique a eu, sans doute, une grande influence sur celui de Luys de Narváez, révélé dans Los seys libros del delphin de música de cifra para tañer vihuela publiés deux années plus tard. On peut raisonnablement penser que les influences furent réciproques car nous savons que, peu de temps après, Francesco da Milano improvisait une gaillarde sur Conde Claros, un thème mélodico-harmonique cher aux compositeurs espagnols du 16ème siècle, sur lequel Luys de Narváez écrivit de nombreuses variations. 

On peut également imaginer que d’autres mélodies et modèles harmoniques comme Guardame las vacas et la Romanesca, des Passamezzi et des improvisations de canons ou sur le ténor de La Spagna aient été au menu de ce genre de festivités. La magnifique Canción del Emperador que Luys de Narváez a écrite sur la chanson Mille Regretz, pourrait de même y avoir été interprétée, aux côtés des somptueux madrigaux de Jacques Arcadelt, très aimés de Francesco da Milano, et de ces improvisations polyphoniques que l’on nomme fantaisies.

La rencontre de Rolf Lislevand et de Bor Zuljan, bien réelle, elle, se propose, avec un peu d’imagination et de recherche, d’évoquer les moments de grâce dépeints par les contemporains de ces deux compositeurs de génie, en rappelant à la modernité des musiques d’un passé lointain qui, sous les doigts des deux luthistes, reprend vie et acquiert un caractère intemporel.

 

Samedi 17 novembre 2018 à 19h

Théâtre Les Salons

(6, rue J.-F. Bartholoni, 1204 Genève)

DUO PIZZICAR GALANTE

Fabio Antonio Falcone, clavecin, Anna Schivazappa, mandoline

Domenico Scarlatti, un maître napolitain à la cour d’Espagne

 

Interprétées sur deux types de mandolines différentes, les sonates de Domenico Scarlatti (1685-1757) choisies pour ce concert évoqueront à la fois l’origine napolitaine du compositeur et celle de l’Espagne, son pays d’adoption.

La sonorité vive et brillante de la mandoline napolitaine et celle plus douce et intime de la mandoline lombarde se mêleront au son du clavecin dans un jeu d’harmonies et de contrastes où les passages de grande virtuosité et les rythmes du fandango alternent avec des moments mélancoliques et lyriques.

 

Plein tarif : CHF 20.- / Tarif réduit : CHF 15.- / Etudiants, apprentis, carte 20ans/20francs : CHF 10.-

 

Commentaire

Quel est le lien entre la mandoline, instrument injustement oublié ou toujours associé à la chanson populaire, et le grand compositeur napolitain Domenico Scarlatti, maître à la cour royale espagnole au dix-huitième siècle ? 

Deux jeunes artistes italiens vont éclairer la question, en proposant à leur public une redécouverte d’un répertoire rare et insolite.

Interprétées sur deux types de mandolines différentes, les sonates de Domenico Scarlatti (1685-1757) choisies pour ce concert évoqueront à la fois l’origine napolitaine du compositeur et celle de l’Espagne, son pays d’adoption. La sonorité vive et brillante de la mandoline napolitaine et celle plus douce et intime de la mandoline lombarde se mêleront au son du clavecin dans un jeu d’harmonies et de contrastes où les passages de grande virtuosité et les rythmes du fandango alternent avec des moments mélancoliques et lyriques.

Aujourd’hui encore, peu de gens savent que la mandoline, instrument depuis toujours associé à la chanson napolitaine, a une glorieuse histoire derrière elle. Utilisée par des compositeurs comme Vivaldi, Mozart, Beethoven, Stravinsky, pour n’en nommer que quelques-uns, elle a connu un véritable âge d’or au XVIIIe siècle, notamment à Paris, où les maîtres napolitains étaient recherchés par la haute bourgeoisie et la noblesse qui voulaient apprendre à en jouer. 

Les sonates interprétées dans ce programme se distinguent du reste du corpus de Domenico Scarlatti par le fait que, dans les sources qui nous sont parvenues, elles présentent une basse chiffrée, ce qui suggère leur possible destination concertante, c’est-à-dire pour un instrument soliste accompagné du clavecin. Un autre indice, plaidant en faveur de l’utilisation de la mandoline comme instrument soliste, se trouve dans le manuscrit no 6785 de la Bibliothèque de l’Arsenal de Paris, dans lequel, au début du premier mouvement de la sonate K. 89 en ré mineur, une des 555 sonates pour clavier de Domenico Scarlatti, se trouve l’indication instrumentale « Sonatine pour mandoline et clavecin ».

La proposition de Pizzicar Galante d’exécuter ce groupe de sonates avec deux types de mandolines différents résulte d’une étude attentive de l’écriture musicale, qui a permis d’identifier le type d’instrument le plus approprié tant du point de vue technique que sonore. 

Oscillant entre évocations espagnoles et napolitaines, le duo Pizzicar Galante nous invite à un agréable voyage entre Naples et Madrid… 

 

 

Samedi 24 novembre 2018 à 19h

Salle Trocmé

(2, rue du Jura, 1201 Genève)

 

ENSEMBLE FANTAISIE

Marcos García Gutiérrez, baryton, Amandine Lesne, viole de gambe, Ariane Brückner, flûte à becDaniel de Morais, théorbe, Dana Howe, luth et guitare baroque, Christine Gabrielle, soprano, luth et direction artistique

Feste delle Dame

Oeuvres de Barbara Strozzi, Maddalena Casulana, Francesca Caccini, Orlando di Lasso, Angelo Notari, Girolamo Frescobaldi et Biaggio Marini

 

Dans la préface de son livre de madrigaux paru en 1568, Maddalena Casulana, première compositrice à avoir elle-même publié ses œuvres et féministe avant l’heure, écrit qu’ « elle désire démontrer que les hommes se trompent en se croyant seuls au monde à posséder des qualités intellectuelles et artistiques… ».

Suivant le même chemin de liberté, d’autres femmes choisirent de devenir musiciennes professionnelles. Leurs œuvres, parvenues jusqu’à nous au travers d’une cinquantaine de recueils de musiques sacrées et profanes font preuve d’un génie inventif qui n’a rien à envier à celui de leurs homologues masculins.

 

Plein tarif : CHF 20.- / Tarif réduit : CHF 15.- / Etudiants, apprentis, carte 20ans/20francs : CHF 10.-

 

Commentaire 

Ce programme réunit chanteurs et instrumentistes autour de quelques oeuvres composées par des femmes vers 1600 en Italie. Maddalena Casulana, première compositrice à avoir elle-même publié ses œuvres et féministe avant l’heure, écrit dans la préface de son livre de madrigaux paru en 1568, qu’ « elle désire démontrer que les hommes se trompent en se croyant seuls au monde à posséder  des qualités intellectuelles et artistiques… ». 

Suivant le même chemin de liberté et, dans un environnement social particulièrement favorable à de tels développements, d’autres femmes choisirent de devenir musiciennes professionnelles. Les airs de Maddalena Casulana, Francesca Caccini et Barbara Strozzi sélectionnées pour ce concert permettent de découvrir leur génie inventif plein de hardiesses harmoniques, de tension dramatique et de lyrisme, mais aussi de tendresse et d’humour, preuves d’une inventivité compétente qui n’a rien à envier à celle de leurs homologues masculins.

Leurs oeuvres nous sont parvenues dans une cinquantaine de recueils d’airs, cantates, madrigaux, motets, messes et psaumes, publiés à Venise, Bologne et Milan.

 A l’époque où Maddalena Casulana rédige la préface de son premier livre de madrigaux, l’éducation, en général, et celle des filles, en particulier, était un thème de discussion privilégié dans les milieux aristocratiques du nord de l’Italie. Il donna lieu à une abondante littérature où s’exprimaient des points de vue souvent divergents comme le conclut Stefano Guazzo dans sa Civil Conversatione parue en 1574, en écrivant que « de nos jours, il existe tant de façons différentes d’élever les filles… qu’on ne peut donner une règle déterminée ».

Les textes qui abordent ce sujet s’inscrivent dans la question générale et très ancienne de savoir si la musique est de nature vicieuse ou vertueuse… et le débat prend évidemment une tournure particulière lorsqu’il s’agit de la pratique musicale des femmes. 

Le pouvoir d’éveiller le désir charnel des auditeurs, ou, au contraire, l’élévation spirituelle rendue possible par la « contemplation des beautés sonores et visuelles féminines » (Catherine Deutsch) y sont abondamment discutés. Cette littérature évoque également, au-delà d’une vision érotisée de la musique et de ses effets, le bien-fondé de l’accès des filles à l’instruction et à la pratique de divers arts, en débattant de l’utilité sociale de ceux-ci dans les domaines domestique, économique et politique.

Dans cette société imprégnée de l’idéal du parfait courtisan décrit par Baldassare Castiglione, avide de débats philosophiques et intellectuels, de littérature et de poésie, de raffinement et de courtoisie, quelques femmes ont su se frayer un chemin vers la célébrité. 

Disparues, ou presque, des manuels de l’histoire de la musique, malgré une notoriété certaine de leur vivant, leur redécouverte par les musicologues des 20ème et 21ème siècles lèvent le voile sur un génie inventif plein de hardiesses harmoniques, de tension dramatique et de lyrisme, mais aussi de tendresse et d’humour, des qualités qui font preuve de compétences égales, parfois supérieures et souvent moins conventionnelles, à celles de leurs homologues masculins.

 

L’Association des Concerts de Musique Ancienne est soutenue par le Département de la culture et du sport de la Ville de Genève ainsi que par la Loterie Romande.